Les MUTINS de PANGÉE, coopérative cinématographique. Menu

Comme dans un film de Scorsese ?

Au petit matin du 4 décembre, dans une rue de Manatthan, un homme s’apprête à entrer dans un hôtel de luxe quand une silhouette surgit dans le champ de la caméra de surveillance, brandit un colt, et le descend comme dans un film de Martin Scorsese. Brian Thompson, le boss de UnitedHealthcare, une des plus grosses compagnies d’assurance de santé américaines, s’écroule sous les balles. Le gars qui est présumé lui avoir fait la peau est Luigi Mangione, un jeune diplômé de l’Ivy League, une grosse tête en informatique, issu d’une famille aisée de Baltimore, qui n’était plutôt pas destiné à ce genre de célébrité. L’arme qu’il a utilisée est le produit d’une imprimante 3D. Sur les douilles figuraient trois mots gravés : « deny », « defend », « depose » (« refuser », « défendre », déposer », qui font directement référence à l’assurance médicale qui fait tout son possible pour ne pas rembourser ses clients).

Dans un manifeste trouvé sur Luigi Mangione lors de son arrestation, cette phrase : « Frankly these parasites had it coming » (« franchement, ces parasites l’ont bien cherché »). Aux États-Unis, où il n’y a pas de Sécurité sociale à la française (voir La sociale de Gilles Perret), l’assurance maladie privée provoque chaque année la mort de milliers de personnes et la ruine des familles pour satisfaire la boulimie insatiable des actionnaires. C’est une des nombreuses conséquences désastreuses d’un modèle qui fait école chez nous aussi. Luigi Mangione est devenu une sorte de « héros » des réseaux sociaux où s’exprime un notable manque d’empathie pour le patron assassiné. C’est une révolte par procuration, l’expression violente de grandes frustrations, un phénomène qui devrait pour le moins inquiéter ceux qui se pensent hors d’atteinte de la colère qu’ils génèrent. Mangione n’est pas un héros, il a tiré dans le dos sur un homme non armé, et son acte sera encore disséqué, analysé, jugé pour en saisir tous les aspects les plus obscurs… mais ses propos disent quelque chose du mobile de son crime : « Lorsque toutes les autres formes de communication échouent, la violence est nécessaire pour survivre ». Heureusement, il nous reste le cinéma pour survivre à la violence du monde.

O.A.