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Sans mettre de gants

A voir en VOD et téléchargement (libre accès) ou en DVD

«  Le rêve moderne du capitalisme est celui d’une société débarrassée des ouvriers, de leurs salaires, de leurs revendications, de leurs syndicats, des lois sociales, du code du travail… Une société de robots, un cauchemar climatisé. Cachez ces ouvriers que je ne saurais voir !  »

Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste, Le Miroir voilé et autres écrits sur l’image, Calmann-Lévy, 2014.

LE FILM

LE DERNIER JOUR D’UNE TECHNICIENNE DE SURFACE

Elle a 65 ans, Jacqueline.
Elle est « technicienne de surface ». Ce qui veut dire ouvrière nettoyeuse.
Mais ouvrière, ouvrier, ça ne se dit plus. Et surtout, ça ne se montre plus.
Aujourd’hui, les femmes et les hommes au travail sont quasiment absents des écrans, du spectacle médiatique. Portés disparus de la modernité. Comme s’il fallait les rendre invisibles, sans existence réelle, sans métier, sans œuvre, sans parole. Pour mieux taire l’exploitation, la précarité, l’aliénation ?
Nous, on va faire exactement le contraire. On va vous emmener à la rencontre de Jacqueline. On va vous montrer son métier d’ouvrière nettoyeuse qu’elle exerce depuis 25 ans, à l’usine.
Et vous allez vivre, avec elle, son dernier jour de travail avant la retraite.

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LE FILM VU PAR LES MUTINS

Une journée dans la vie de Jacqueline mais pas n’importe laquelle, sa dernière journée de travail. Jacqueline est « technicienne de surface », autrement dit « ouvrière nettoyeuse » précise le réalisateur, une « invisible ».

Ce film a été tourné par Yannick Bovy seul, caméra au poing, en une seule journée. Yannick Bovy n’est pas vraiment un journaliste, ni un présentateur de télé (bien qu’il fasse ça beaucoup mieux que Laurent Delahousse) mais c’est un syndicaliste-cinéaste. Ce documentaire, produit par le CEPAG*, a été diffusé dans REGARDS, l’émission de libre accès du syndicat FGTB-Wallonne sur la RTBF. Cet espace de diffusion sur une chaîne de télévision publique est un acquis syndical qu’on envie à nos amis belges, surtout quand c’est fait avec autant de talent, de passion et de liberté. Leurs productions constituent un vrai modèle de média indépendant, près des gens.

Avant d’attaquer cette journée, les collègues de ménage de Jacqueline son émues. Jacqueline aussi. Elle reçoit son bouquet de fleur, quelques bises et paroles gentilles, on devine quelques larmes et hop, c’est parti…
En ce dernier jour, Jacqueline pousse son chariot.
Jacqueline pousse son chariot à grande vitesse.
Jacqueline est en retard parce qu’un « anonyme » a bouché la machine à café et s’est discrètement éclipsé sans rien dire. Pour rattraper le temps perdu à réparer la machine, Jacqueline ne met pas ses gants et, elle le sait, les produits attaquent méchamment ses mains. Mais Jacqueline a un boulot à faire et elle le fait. Elle le fait depuis 25 ans et ce n’est pas aujourd’hui, à 65 ans, qu’elle va mal le faire juste parce que c’est le dernier jour. Elle s’applique, elle va vite. On est essoufflé avec elle, à la différence qu’on est bien assis dans un fauteuil et qu’on ne s’est pas levé à quatre heures du matin pour voir le film, qu’on a pas vraiment ni trop froid ni trop chaud comme Jacqueline quand elle traverse les différents secteurs de l’usine au pas de charge. C’est tout de même une drôle d’expérience d’être avec elle à travers l’objectif de Yannick Bovy, qui ne s’étend pas en commentaires et explications. Il filme, tambour battant, caméra au poing mais rien ne lui échappe. Filmer brut et montrer la brutalité de ce travail, c’est suffisant et d’une terrible efficacité.
Jacqueline redoute toujours de trouver des « petits cadeaux » dans les toilettes mais toujours elle trouve des petits cadeaux dans les toilettes.
Le long du film, on attend les larmes finales si on est romantique. Les larmes du dernier geste, des collègues perdus, du temps qui passe, de l’ennui qui s’installe, de la mort qui s’approche… Et bien, mettez-vous le doigt dans l’œil les romantiques ! La fin du film est formidable, une vraie chute, qui n’en paraît pas une et qui dit tout mais qu’on gâcherait à décrire ici.
Disons le carrément, entre nous, ce travail, c’est un peu de la merde. Il est considéré par tous comme tel et il n’est donc pas étonnant que Jacqueline trouve ces « petits cadeaux » ici et là, la machine à café bouchée par le dernier qui l’a utilisée, des papiers par terre, de la merde aussi à côté des chiottes. C’est de la merde, Jacqueline le sait bien mais elle fait son boulot parce que de la conscience, elle en a elle et qu’il faut bien que quelqu’un la ramasse cette merde, c’est son boulot et c’est tout. C’est peut être la dernière a en avoir de la conscience Jacqueline mais c’est elle qui a raison. Elle respecte ses semblables, ses frères de classe, elle se respecte… pas celui qui a bouché la machine à café sans rien dire ou qui a fait caca à côté de la cuvette, ce gros porc qui doit pas faire ça chez lui ni dans le bureau du grand patron.
Mais comment ça pourrait être autrement ? Des cons et des porcs, il y en a toujours mais dans une organisation du travail où chacun a été mis en concurrence, individualisé, désintéressé, exploité, il y a peu d’espoir qu’il en soit autrement. On peut boucher une machine à café et laisser les autres s’en débrouiller, chier à côté des chiottes, on ne fait rien de moins qu’un actionnaire, un banquier, un gestionnaire qui fait son business comme il se doit dans un monde capitaliste : sans se préoccuper de l’impact de ses actions sur autrui. C’est la sacro-sainte loi du marché. Le marché, il vous emmerde et si ça le chante, il bloque la machine à café et il fait caca à côté de la cuvette. C’est compris ?
Mais à force de laisser déborder les cuvettes, on fini par se noyer dans la merde.

Olivier Azam


*Centre d’Education Populaire André Genot, mouvement d’Education Permanente proche de la FGTB wallonne qui revendique comme objectif le développement d’une démarche d’émancipation et de conscientisation des travailleurs et des citoyens.

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À propos

Emission TV « Regards »
Octobre 2017
Durée : 30 mn