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Le cinéma de René Vautier

René Vautier a participé à la réalisation d’environ 180 films. Beaucoup d’entre eux ont été censurés, perdus, détruits, projetés jusqu’à l’usure. Voici quelques-uns des titres de ces films :
Afrique 50 (1950), Un homme est mort (1951), Une nation l’Algérie (1954), L’Algérie en flammes (1957), Peuple en marche (1963), Les ajoncs (1970), Mourir pour des images (1971), Avoir 20 ans dans les Aurès (1972), La folle de Toujane (1974), Quand tu disais Valéry (1975), Quand les femmes ont pris la colère (1977), A propos de... l’autre détail (1985), Vous avez dit Français ? (1987), Mission Pacifique (1988), Et le mot frère et le mot camarade (1995)...
Quasiment aucun de ces films n’a été diffusé à la télévision française (en dehors de "Avoir 20 ans dans les Aurès")... sauf sur la télé libre (feu) Zalea TV. Nous vous proposons aujourd’hui une selection de certains de ces films en Vod.

Avoir 20 ans dans les Aurès

"Avoir 20 ans dans les Aurès m’a pris aux entrailles dès les premières images et m’a gardé passionné jusqu’à la dernière. La première tentative d’explication de ce qu’on vécu les appelés… Un film nécessaire et un film positif."
Henri ALLEG

Afrique 50

« Ici, le chef de village, Sikali Wattara, a été enfumé et abattu d’une balle dans la nuque, une balle française… Ici, une enfant de sept mois a été tuée, une balle française lui a fait sauter le crâne… Ici, du sang sur le mur, une femme enceinte est venue mourir, deux balles françaises dans le ventre… Sur cette terre d’Afrique, quatre cadavres, trois hommes et une femme assassinés en notre nom à nous, gens de France ! »
Ainsi parlait René Vautier sur ses premières images de cinéaste, images tournées clandestinement en 1949 à travers l’Afrique coloniale et sauvées in extremis de la censure. Celui qui réalisera plus tard Avoir 20 ans dans les Aurès, signait alors son premier film, le pamphlet époustouflant d’un jeune homme décoré de la croix de guerre pour avoir résisté aux occupants nazis à 16 ans et qui voulait témoigner de ce qu’il voyait en Afrique et qui le révoltait.
Ce film, censuré pendant des années, est un monument de notre patrimoine cinématographique.

De sable et de sang

ll y a vingt ans, René Vautier s’est rendu à Akjoujt, ancienne ville minière de Mauritanie. Des liens se sont tissés avec les habitants. Un jeune homme a continué à lui envoyer des images de son pays, de sa vie envahie par le sable et le désespoir. Puis il est mort d’avoir voulu rejoindre l’Europe. René nous parle de ces rencontres manquées entre les civilisations et les hommes, de ses engagements, de ses regrets et de ses espoirs persistants.

Algérie, Tours/Détours


Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, René Vautier, cinéaste militant, considéré comme « le papa » du cinéma algérien, met en place les ciné-pops. Les réalisatrices font revivre, en sa compagnie, le dispositif des projections itinérantes et sillonnent le pays en ciné-bus (Alger, Béjaïa, Tizi Ouzou, Tébessa) pour entendre la voix des spectateurs sur la situation politique, la jeunesse et les conditions de vie des hommes et des femmes aujourd’hui.

Peuple en marche

Le film fait un bilan de la guerre d’Algérie en retraçant l’histoire de l’ALN (Armée de Libération Nationale) et montre l’effort populaire de reconstruction du pays, après l’indépendance.
Sous l’égide de René Vautier, directeur du Centre Audiovisuel d’Alger, de jeunes cinéastes algériens braquent librement leurs caméras sur le passé, le présent et aussi l’avenir qu’ils rêvent pour l’Algérie. Ils bâtissent l’image d’un peuple en marche.
Des espoirs nourris de socialisme.
Une Algérie nouvelle, libérée du joug du colonisateur, en marche vers l’avenir et la reconstruction.

Techniquement si simple

Essai préalable au tournage d’Avoir vingt ans dans les Aurès. Un technicien coopérant, bourreau ordinaire, se remémore son « travail technique ». Durant la guerre d’Algérie, il installait des mines qui tuent encore de nombreux civils.

Déjà le sang de mai ensemençait Novembre

L’histoire de l’Algérie d’avant 1830, au 8 mai 1945 avec Kateb Yacine, Albert Camus et bien d’autres. A rebours de toutes les idées reçus, le film montre la réalité d’un pays, qui avant la colonisation avait atteint le niveau de développement de bien des pays européens. Il montre aussi les réalités cachées de la pratique coloniale. Il s’achève sur le massacre du 8 mai 1945, prélude à l’insurrection de novembre 1954.

Guerre aux images en Algérie

« Guerre aux images en Algérie » montre toutes les images de « Algérie en flammes », tourné par René Vautier aux cotés des combattants algériens dans les maquis de l’ALN, à la fin de l’année 1956 et en 1957. Ces images de guerre prises dans les Aurès-Nementchas étaient destinées à être la base d’un dialogue entre français et algériens pour la paix en Algérie. Elles montrent l’existence d’une organisation armée proche du peuple. Dans “Guerre aux images en Algérie”, René Vautier éclaire, en 1985, le contexte et les conditions de réalisation parfois dramatiques de ce film.

Salut et fraternité

Un film de Oriane Brun-Moschetti
Avec René Vautier, Jean-Luc Godard, Yann Le Masson, Bruno Muel

Conçu comme un voyage à travers le temps et les films, Salut & Fraternité retrace le parcours du cinéaste René Vautier en confrontant son témoignage à ceux d’autres cinéastes (Jean-Luc Godard, Yann Le Masson, Bruno Muel...). Se posent alors les questions de l’engagement, du rôle du cinéaste et de ses films dans la société, de la nécessité d’un cinéma d’intervention sociale et de contre-pouvoir... avec la censure qui pointe son nez en permanence.

RENE VAUTIER, CE QU’IL A VU, CE QU’IL SAVAIT, CE QUI EST VRAI.

« Avoir 20 ans dans les Aurès » est un titre qui reste dans les mémoires. Derrière ce titre, un film de René Vautier, le cinéaste le plus censuré de l’histoire du cinéma français mais aussi le plus tenace. « Le petit breton à la caméra rouge » est mort le 4 janvier 2015, à 87 ans, laissant une œuvre immense.

Résistant alors qu’il était gamin pendant la Seconde Guerre mondiale, René Vautier a toujours été en avance sur tout. A la sortie de la guerre, ses camarades de maquis, à qui le jeune breton récitait des poèmes, le poussent plutôt vers le cinéma. Des poètes, ils en connaissent assez, mais un cinéaste ça pourrait bien être utile un jour ou l’autre… René Vautier apprend vite et il sort même premier de sa promotion à l’IDHEC (1). Alors, s’ouvre à lui la possibilité d’une carrière confortable dans le cinéma ou dans la toute nouvelle télévision... Mais le jeune René a tellement aimé les mots de Paul Eluard qu’il en a fait un principe cinématographique : « Je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai ». Un principe qui va le conduire hors des sentiers battus.

René Vautier se retrouve vite confronté à son principe. En 1949, la ligue de l’enseignement l’envoie en Afrique et il filme ce qu’il voit, ce qu’il sait, ce qui est vrai… C’est à dire les véritables effets de la colonisation française loin des images exotiques des manuels scolaires de l’époque. Et pour filmer, le jeune cinéaste doit d’abord désobéir à l’autorité française, qui l’oblige à être accompagné par un représentant de l’Etat validant ses prises de vues. Et cela, pour respecter un décret colonial de 1934, émis par un certain… Pierre Laval ! Pour le jeune Vautier, décoré de la croix de guerre pour ses actions de résistance aux nazis et aux lois du même Pierre Laval, il est hors de question de se plier à cette injonction. Il part alors en cavale, caméra au poing… Une cavale qui durera toute la vie ! Son premier film signé sera Afrique 50 (2), premier film anticolonialiste français, film miraculeusement sauvé et officiellement interdit pendant presque un demi-siècle, mais qui circulera partout sous forme de projections militantes clandestines.

René Vautier était à l’avant-garde et donc le pouvoir a toujours essayé de le réduire au silence : grenades à tir tendus pendant les manifs, visas de censure, mais aussi la prison et les destructions de bobines. Pendant la guerre en Algérie, l’armée française lui a carrément tiré dessus, lui laissant le souvenir d’un morceau de caméra dans la tête. Des balles contre des images !

René Vautier, qui a toujours choisi clairement son camp, avait eu l’audace de « passer du côté algérien » et pour l’Etat français, il était donc un terroriste comme les autres. Pour autant, même dans le maquis, le cinéaste breton ne fit aucune concession à ses principes, au point de se retrouver ensuite dans une prison du FLN. Entre autres libertés, le cinéaste avait osé filmer des combattants algériens, en uniforme, ne pouvant contenir leurs larmes après la mort de leurs camarades. Il l’avait vu, c’était vrai, alors il l’avait montré et défendu son principe de cinéaste, quels qu’en soient les risques encourus.

René Vautier a défié la censure toute sa vie, jusqu’à faire tomber le principe de visa de censure politique en France, après sa grève de la faim en 1973 pour le film de Jacques Panijel, Octobre à Paris, qui racontait le massacre des manifestants algériens par la police française en 1961.

Mais la censure économique a remplacé la censure politique. Et comme il avait toujours un train d’avance, René Vautier avait compris ça très vite. A son retour d’Algérie, il avait encore choisi les chemins de traverse en produisant et diffusant ses « images sans chaînes » avec l’UPCB, grâce à des souscriptions et des "réseaux parallèles" de diffusion.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, « le petit breton à la caméra rouge » laisse une œuvre cinématographique très originale, des films sensibles, des films drôles, des documentaires et des fictions, très loin de la caricature habituellement faite du cinéma dit « militant », marginalisé par les chiens de gardes cultureux. Personne n’a tourné autant que lui. On l’a repéré dans environ 180 projets, depuis La grande lutte des mineurs de 1948 (film signé par Louis Daquin). Beaucoup d’images ont été détruites ou perdues. Malgré son prix à Cannes en 1972 pour Avoir 20 ans dans les Aurès (3), d’autres projets de fictions n’ont jamais vu le jour. Mais à chaque mètre de pellicule retrouvée, René Vautier prend toute son ampleur dans l’histoire du cinéma.

Dans chacun de ses films, on retrouve la patte du cinéaste. Bien sûr, parce qu’il n’a jamais hésité sur la place de sa caméra, toujours du côté des gens qui s’opposent au pouvoir, mais même dans cette position inconfortable, même au milieu des gaz lacrymogène, il arrivait toujours à faire acte de cinéma, avec poésie, humour, intelligence, avec ce goût du récit tellement généreux. Aujourd’hui, les films de René Vautier circulent partout dans le monde.

Dans Le remords, un court métrage de fiction de 1974, René Vautier joue lui même le rôle d’un cinéaste qui explique à sa compagne qu’il ferait bien un film pour dénoncer une infamie dont il vient d’être le témoin : un arabe se faisant tabasser par un flic et personne n’a bougé ! Lui non plus n’a pas bougé, mais il voudrait crier au monde cette infamie en réalisant un film… Mais le personnage se ressaisit vite. Il sait que le film ne pourra pas se faire. Le prix à payer serait insurmontable pour sa carrière, il serait « grillé » (comme on dit maintenant). Sa compagne le traite d’abord de minable, mais le cinéaste trouve vite les arguments pour la mettre elle aussi au pied du mur des sacrifices qu’elle devra faire pour ce projet. D’un piteux commun accord, le film ne se fera donc pas…
Toute sa vie, René Vautier a fait exactement le contraire de ce qu’il ironise dans son scénario, il a raconté l’arabe qui s’est fait tabassé par le flic, il a raconté aussi celui qui se lève et qui dit non, et qui gagne parfois, mais encore… René Vautier a raconté en images ce qu’il a vu, ce qu’il savait, ce qui est vrai.

Olivier Azam, janvier 2015


(1) Institut Des Hautes Etudes Cinématographiques
(2) Le DVD d’Afrique 50, accompagné du livre contenant notamment le récit de René Vautier est édité dans la collection « mémoire populaire » - Les Mutins de Pangée : http://www.lesmutins.org/afrique-50
(3) Le coffret DVD Avoir 20 ans dans les Aurès est édité dans sa version restaurée, ainsi que 14 autres films inédits - Les Mutins de Pangée : http://www.lesmutins.org/rene-vautier-avoir-20-ans-dans-les

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