Menu

Le capitalisme de la séduction

Critique de la social-démocratie libertaire
Un livre de Michel Clouscard
Editions Delga

La crise actuelle s’avère l’ultime expression de la négation du procès de production : prévalence des actionnaires sur les producteurs, prépondérance des services en Occident et « usine du monde » délocalisée partout ailleurs etc. Si cette négation tyrannique a été intériorisée même par ses victimes, c’est qu’elle est au résultat de ce long dressage que réalisa le « libéralisme libertaire », dont Michel Clouscard a le premier théorisé le concept.
Pour faire pièce au progressisme issu de la Résistance, écouler les surplus, il s’agissait pour le capitalisme, avec le Plan Marshall, de créer un modèle « permissif pour le consommateur », mais toujours aussi « répressif envers le producteur ». Ce fut alors d’une part l’initiation d’un « marché du désir », dont le Mai 68 sociétal a été ensuite le promoteur décisif, et qui eut tôt fait de réduire le désir au marché, et d’autre part le surgissement de nouvelles couches moyennes, tampon entre le capital et le travail et cibles de ce marché. Le modèle de consommation libidinal, ludique et marginal pour le happy few fut alors décrété seul horizon d’émancipation. « Tout est permis mais rien n’est possible. »
Relire cette œuvre monumentale, c’est donc se réapproprier notre histoire jusqu’à la crise actuelle.

LES ÉDITIONS DELGA

Les Editions Delga, fondées en 2004, sont une maison d’édition spécialisée en sciences humaines engagée dans la défense du service public culturel, la recherche marxiste et l’histoire du mouvement communiste international.

LE FILM

La logique libérale-libertaire, concept théorisé pour la première fois par Michel Clouscard en 1972, conjugue libéralisme économique et libertarisme sociétal, tous deux fonctionnant en étroit rapport, tous deux représentant la même face d’une pièce. Tout est permis, mais rien n’est possible propose, à partir des principaux concepts de Michel Clouscard, de décrire les processus qui ont mené à l’émergence de ce système, d’en décrypter les enjeux idéologiques et d’aborder les conséquences sociales, culturelles et économiques : émergence historique du néolibéralisme ; consumérisme, rites de consommation, rôle et la place des « marchés de la séduction » dans l’économie et disparition de la figure du travailleur de la scène médiatique.

Michel Clouscard

Né en 1928, à Montpinier près de Gaillac, Michel Clouscard est issu d’une famille modeste. Passionné par le sport, Michel Clouscard s’illustre dans le 200 mètres. Il sera même présélectionné aux jeux olympiques de 1948. Il consacrera son premier ouvrage, à ce jour inédit, à une Sociologie du sport dans lequel le sportif devient la figure opposée du Narcisse de la société libérale qui ne propose qu’un corps tourné sur lui-même – un corps pour séduire. Après des études de philosophie à Toulouse, il accepte un poste de surveillant au lycée Jacques Decour à Paris qui lui permet de travailler sa thèse, L’être et le code, sous la direction d’Henri Lefebvre. Il tente dans cette thèse d’analyser l’histoire des relations sociales par le prisme des rapports de production sous l’Ancien Régime. Il soutiendra sa thèse en 1972 devant un jury composé notamment de Jean-Paul Sartre et d’Emmanuel Leroy-Ladurie qui saluèrent l’effort immense que requérait le sujet. Ce travail fondateur lui donnera les clefs pour comprendre immédiatement les enjeux de mai 68 puisque dès 1973 dans un livre intitulé Néo-fascisme et idéologie du désir, il dénonce la collusion entre les tenants du jouir sans entrave et les tenants de l’économie libérale.

Il devient dans les années 1980 professeur de sociologie à l’Université de Poitiers où il finira sa carrière. Il poursuit durant toutes ses années son travail sur la compréhension de la société capitaliste. Il meurt de la maladie de Parkinson en 2009 à Gaillac