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L’avant-première à Saint-Pons-de-Thomières (village du tournage)

Vendredi 6 janvier 2017. La Cigale est en ébullition. Ce soir c’est l’avant-première à Saint-Pons-de-Thomières, et tout le week-end, au cinéma Star, à quelques mètres à peine du bureau de tabac. Le cinéma donne sur le fameux rond point où la bande organise toutes les manifestations et les grèves générales.

La presse est là. Midi libre et France 3 s’apprêtent, comme nous, à filmer le feu d’artifice de lancement. Et comme toujours, ça se passe sur la terrasse de La Cigale. Pierre Blondeau a sorti sa collection de couvre-chefs de l’Armée rouge : Bonnet pour lui, large casquette pour Tintin, casque de tankiste pour Marcel, casque lourd pour Jeannot (dit "le Suisse" ou "le renard argenté") qui s’est chargé de trouver les munitions.
Nous apprenons que la bande de Kléber Mesquida a choisi justement ce soir d’avant-première pour réunir la « com-com » à quelques mètres de là... Ils vont être servis !
Dans un apparent désordre, la bande se relaye pour mettre le feu aux poudres. Les allumettes du Suisse ne fonctionnent pas, on n’a pas le temps d’avoir peur qu’il foute le feu à sa chevelure de renard argenté que la première salve d’artillerie retentit. La mèche était courte et ça pète dans tous les sens. Devant le vacarme, nos caméras vacillent un instant. Les pétards partent dans tous les sens. On s’attend à entendre gueuler les voisins mais ils ont l’habitude et les plus proches semblent saluer la fin du feu d’artifice. Aucune réaction du côté de la réunion de la « com-com », où l’on commence aussi à avoir l’habitude… Le Suisse veut en remettre une couche. Il a trouvé un ballon directement venu de « Chine populaire » qui est censé s’envoler quand on l’allume. Tous aux abris ! Heureusement, Jeannot a craqué toutes les allumettes. On est sauvé. Le ballon chinois brulera pour une prochaine occasion. On boit un verre de l’amitié, parce que de l’amitié, il y en a beaucoup par ici.

Au cinéma de Saint-Pons, les séances ne désempliront pas du week-end. Il faudra même rajouter une séance pour ceux qui n’ont pas pu entrer, dont le nouveau maire, un des seuls élus de la région à avoir répondu à l’invitation. Pierre Blondeau déplore que ni son ennemi intime, ni les gendarmes, ni les RG, n’aient répondu à ses invitations cordiales à venir débattre. C’est comme ça… On leur enverra un dvd quand il sortira. En attendant nous savourons cette petite victoire que constitue la projection publique du film là où nous l’avons tourné pendant six ans après l’affaire du corbeau qui avait bouleversé le village.

Parmi les spectateurs, beaucoup de Saint-Ponais. Jamais salle ne fut aussi pleine nous dit-on. Des gens peu habitués à venir au cinéma nous régalent de leurs commentaires pendant la projection. Un public populaire qui a déserté les salles de cinéma depuis bien longtemps, des gens plus habitués à la télé, comme Bernard, sur le siège voisin, qui a gagné sa place contre une bourriche d’huîtres, une bouteille de vin blanc et un citron. Il ne s’attendait à rien de particulier et pourtant il saute de joie sur son siège à chaque apparition d’une de ces figures déjà célèbres du village. A la fin, il nous montre son bras : « J’ai eu la chair de poule tout le film, tellement ils sont bons ceux là ! ». Bernard ne sera pas le dernier au verre de l’amitié.
A chaque nouvelle séance, Jean-Louis présente les protagonistes. Il est le « Monsieur loyal » chargé d’animés les débats parce qu’il est né ici et connaît tout le monde. Il pourrait devenir présentateur de télé celui-là tellement il le fait bien. La bande de la Cigale a décidé de rester dans la salle et de ne pas venir à la tribune afin de « ne pas se mettre en avant » me dit Pierre Blondeau qui, décidément, reste aussi humble qu’il l’a été pendant toutes ces années où nous l’avons côtoyé.
A la première séance, je nous sens tous un peu tendus face à la réaction du village mais tout se détend très vite dès les premiers « fou-rires » et les applaudissements au générique. Maax (le troubadour) entame quelques chansons. « Résistance, résistance ! » La salle tape des mains, c’est la fête ! On a même droit à un tour de magie de Zack le magicien, comme au bon vieux temps des attractions au cinéma.

Les débats sont excellents. Mais c’est toujours en « off » que les plus timides s’expriment et certains viennent nous voir en nous disant : « On a mieux compris à quel point leurs coups de gueules sont cohérents... ». Une vielle dame précise : « Je ne suis pas une sympathisante, nous ne sommes pas du même bord, mais je les ai toujours soutenus et je continuerai à les soutenir ! ». Nous sommes comblés. Si la tournée devait déjà s’arrêter là, c’est déjà pas mal ! Sur le rond-point, la bande de la Cigale a collé la grande affiche du film. Personne n’osera la décrocher.

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