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Hector est mort

Une enquête au long court sur un accident du travail, qui nous mène des quartiers populaires aux coulisses des tribunaux, explore « le traitement social du chômage » et les réseaux de notables provinciaux.
Une enquête de François Ruffin

Le vendredi 22 février 2002, Hector Loubota, un jeune homme d’origine congolaise, travaille sur le chantier d’insertion de la Citadelle d’Amiens. D’un coup, un pan de mur s’effondre, et il meurt écrasé sous six cents kilos de pierres. Quelle est la première consigne que reçoivent ses collègues ? « Surtout, n’en parlez pas en dehors », leur conseille un psychologue envoyé par la mairie. Que vient annoncer au père, le soir-même du décès, une médiatrice de la Ville d’Amiens ? « Mieux vaudrait que vous ne portiez pas plainte. »
La justice organise alors l’injustice.
Avec une instruction qui s’éternise.
Avec un procureur, des substituts, des magistrats, qui plantent en beauté le dossier.
Avec des élus qui mêlent l’arrogance à l’indifférence.
Avec une presse locale qui se tait.
« J’ai confiance dans la justice de ce pays », déclarait le père, Bernard Loubota, au début de l’affaire. Onze années plus tard, ce n’est plus le cas.