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Le podcast des mutins

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Un podcast proposé par la coopérative audiovisuelle et cinématographique Les Mutins de Pangée autour de films et de sujets liés à ces films qu’on peut retrouver en VOD sur CinéMutins. Réalisé par Olivier Azam.

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Rassemblement pour exiger l'asile politique de Julian Assange en (...)

Rassemblement pour exiger l’asile politique de Julian Assange en France

Paris, 18 décembre 2021

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Rassemblement à Paris pour exiger de l’Etat français qu’il accorde en urgence l’asile politique à Julian Assange. Extraits des prises de paroles avec Aymeric Monville, Maryse Artiguelong (au nom de la Ligue des droits de l’Homme ), Viktor Dedaj (Le Grand Soir), le député Cédric Villani, François Korber (Robin Des Lois), Laurent Bouhnik et d’autres citoyens soutiens d’Assange.


Réponses aux perfidies de l'AFP sur Julian Assange

Réponses aux perfidies de l’AFP sur Julian Assange

Dans l’apparente neutralité d’une dépêche du 10 décembre 2021 annonçant que la Haute Cour de Londres venait de rendre de nouveau possible l’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, l’AFP prend fait et cause contre un confrère journaliste, fondateur de WikiLeaks, lentement assassiné dans la (...)

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Dans l’apparente neutralité d’une dépêche du 10 décembre 2021 annonçant que la Haute Cour de Londres venait de rendre de nouveau possible l’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, l’AFP prend fait et cause contre un confrère journaliste, fondateur de WikiLeaks, lentement assassiné dans la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres.

Le titre annonce la couleur : « Julian Assange, héros controversé de la liberté d’informer ». 

Controversé ? Vraiment ? 

L’auteur de la dépêche (Sylvain Peuchmaurd) note que Julian Assange « a vu son image se troubler avec le temps ». De quel trouble s’agit-il ? Et qui estime que trouble il y a ?

Depuis les révélations de Chelsea Manning via WikiLeaks en 2010, documentant les crimes de guerre et les actes de torture commis régulièrement par l’armée des États-Unis en Afghanistan, en Irak et dans la prison de Guantánamo, Julian Assange est officiellement devenu « une cible prioritaire » pour Washington. Plus que « troublée », nous avons assisté en dix ans à la totale destruction de l’image d’Assange, organisée par les États-Unis et leurs subordonnés, autour des allégations de « délits sexuels » dans l’affaire suédoise qui, après neuf ans de procédure, s’est soldée par un abandon des poursuites dans un relatif silence médiatique si on le compare à l’empressement à l’accuser de viol.

Après son arrestation dans l’ambassade d’Équateur à Londres le 11 avril 2019, Julian Assange a purgé la lourde peine de 50 semaines de prison dans une prison de haute sécurité pour n’avoir pas respecté les conditions de sa liberté conditionnelle (ayant épuisé tous ses recours face à la justice britannique, l’extradition vers la Suède était imminente en juin 2012, il avait alors brisé son bracelet électronique avant de se réfugier dans l’ambassade équatorienne). Il a ensuite été maintenu en détention à Belmarsh à la demande de Washington qui veut juger le journaliste australien sur la base de chefs d’inculpation essentiellement fondés sur l’Espionage Act qui est une loi interne aux États-Unis, créée en 1917 pour enfermer les opposants à l’entrée en guerre.

La dépêche de l’AFP précise : « Son image de “cyber-warrior” aux cheveux blancs s’est brouillée au fil des ans, en particulier avec la diffusion par sa plateforme, en 2016, pendant la campagne présidentielle américaine, de milliers de courriels piratés provenant du Parti démocrate et de l’équipe d’Hillary Clinton. »

Le journaliste de l’agence de presse n’a pas trouvé la place de préciser ce que contiennent les révélations de ces courriels qui ont « brouillé l’image » d’Assange : 

- la publication par WikiLeaks de courriels prouvant comment la direction du Parti démocrate américain a manipulé les primaires pour favoriser Hillary Clinton au détriment de Bernie Sanders, notamment comment la candidate a triché lors des débats en ayant accès à l’avance aux questions ;
- les révélations par WikiLeaks d’extraits des conférences payées par Goldman Sachs en 2013 et le financement de la Fondation Clinton par l’Arabie saoudite alors que les records de ventes d’armes à ce pays ont été battus sous le mandat de secrétaire d’État Hillary Clinton. 
En février 2016, WikiLeaks avait aussi publié les « NSA Targets World Leaders » révélant comment, pendant la présidence de Barack Obama, les services américains avaient espionné une réunion privée sur la stratégie de lutte contre le changement climatique entre le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin ainsi que la mise sur écoute de plusieurs grands diplomates et hauts dirigeants (dont Nicolas Sarkozy), le chef de cabinet du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), des hauts responsables de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et de l’Union européenne.

Toutes ces vérités, que personne n’a pu nier, l’AFP semble les ignorer ou les juger désormais non publiables. Pourquoi ?

« Selon la CIA, ces documents ont été obtenus auprès d’agents russes, ce que nie la plateforme », dit la dépêche, renvoyant dos à dos les deux parties en oubliant de préciser que ces allégations n’ont pu être prouvées par les États-Unis, notamment dans la très longue et très coûteuse enquête du procureur spécial Robert Mueller sur la soi-disant ingérence russe dans ce dossier (lire Aaron Maté, « CrowdStrikeOut : Mueller’s own report undercuts its core Russia-meddling claims », RealClearInvestigations, 5 juillet 2019).
L’AFP ne précise pas que WikiLeaks n’a pas seulement publié des documents révélant la surveillance massive de leur propres citoyens par les services de renseignement – publics et privés – états-uniens mais aussi celle de leurs équivalents russes sur leur population (« Spy Files Russia », septembre 2019, en partenariat avec Mediapart et La Repubblica), mais sans que ces révélations ne provoquent une demande d’extradition de Julian Assange du Royaume-Uni vers la Russie.

« Ces révélations avaient alors suscité des éloges appuyés du candidat Donald Trump, qui avait lancé lors d’un meeting : "J’adore WikiLeaks !" », se souvient l’AFP, en occultant le fait que WikiLeaks avait dénoncé en janvier 2017 la promesse de campagne non tenue de Trump sur la publication de sa déclaration d’impôts, et en oubliant aussi que, le 21 avril 2017, le ministre US de la Justice Jefferson « Jeff » Session avait fait de l’arrestation d’Assange une « priorité » pour les États-Unis et que le président Trump n’a jamais fait le moindre geste pour arrêter les poursuites contre lui, son « soutien » à WikiLeaks s’étant limité à une boutade de meeting de campagne.

« En 2011, les cinq journaux (dont The New York Times, The Guardian et Le Monde) associés à WikiLeaks condamnent la méthode de la plateforme, qui rend publics des télégrammes du département d’État américain non expurgés. Ils estiment que les documents sont susceptibles de “mettre certaines sources en danger”. La critique sera reprise par le lanceur d’alerte Edward Snowden », pointe l’AFP qui semble ignorer quelques détails importants :

- ces grands titres de la presse internationale ont justement publié de nombreuses révélations en partenariat avec WikiLeaks, dont les « Afghans War Diaries », « The Iraq War Logs » et le « Cablegate » en 2010 ;
- lors des audiences d’extradition en 2020, aucun des journalistes de ces journaux n’est venu dénoncer les méthodes d’Assange. Au contraire, le journaliste américain John Goetz, qui travaillait au Spiegel au moment de ces grandes révélations, a témoigné en faveur du fondateur de WikiLeaks, insistant sur sa déontologie exigeante. Selon lui, Assange a personnellement veillé à ce que les noms des informateurs vulnérables apparaissant dans des centaines de milliers de documents secrets du gouvernement américain ne soient jamais publiés ;
- WikiLeaks a sollicité le Pentagone pour qu’il efface lui-même les noms des agents potentiellement menacés mais les autorités américaines n’ont pas donné suite. On peut notamment le voir dans le documentaire de Laura Poitras, Risk (2016) ;
- en 2010, Julian Assange a lui-même refusé au Guardian de publier des documents car il estimait que ceux-ci risquaient de mettre en danger des personnes. Il n’a pas cédé au harcèlement des journalistes du quotidien britannique, pressés de rendre publics les documents dont ils avaient obtenu une copie ;
- en février 2011, dans leur livre WikiLeaks. Inside Julian Assange’s War on Secrecy (Guardian Books), David Leigh et Luke Harding, journalistes au Guardian, ont publié le mot de passe confié par Assange permettant d’accéder aux 250 000 câbles diplomatiques non expurgés.
« Ce faisant, David Leigh et le Guardian ont violé de manière répétée les conditions de sécurité de WikiLeaks, notamment notre consigne que les câbles non publiés soient mis à l’abri des services secrets en les conservant sur des ordinateurs non connectés à internet », déplorait Julian Assange dans un communiqué.

Quoi qu’il en soit, les États-Unis n’ont jamais apporté le moindre début de preuve contre Julian Assange permettant de l’accuser d’avoir « du sang sur les mains » comme avait pourtant titré le New York Times, en désignant celui qui, justement, avait révélé à quel point ses accusateurs trempent dans le crime.

Pour avoir publié ces vérités, que personne ne peut aujourd’hui contester, Assange a payé de sa liberté depuis presque dix ans et risque aujourd’hui de mourir en prison sans avoir été condamné pour le moindre crime. Ce n’est pas seulement, comme l’écrit l’AFP, un « noyau dur » qui « lui est resté fidèle à l’instar de la créatrice britannique Vivienne Westwood, et nombre d’associations de journalistes ou de défense des droits humains » (ce qui est déjà beaucoup), mais des experts médicaux indépendants, ainsi que ceux qui dénoncent les conditions de détention d’Assange comme Doctors for Assange, un collectif international de plus de 300 médecins, et bien sûr le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Nils Melzer.

L’AFP laisse entendre que Snowden serait désormais contre Assange, or le lanceur d’alerte de la NSA ne cesse de soutenir le fondateur de WikiLeaks, suggérant même à Donald Trump avant la fin de son mandat que « s’il fallait gracier une seule personne, il fallait gracier Assange ». Pas plus tard que ce 10 décembre, Edward Snowden exprimait son indignation face au jugement de ce jour dans plusieurs tweets et retweets. Autant d’éléments que l’AFP ne peut ignorer si elle connaît l’existence de Twitter.

Les avocats de Julian Assange vont saisir la Cour suprême pour tenter d’éviter sa probable extradition vers les États-Unis où il risque 175 ans de prison pour avoir dit la vérité et fait ce que tout journaliste est censé faire, comme l’AFP est bien placée pour le savoir. La persécution est rendue possible par la passivité voire la complicité des médias dominants et ce genre de dépêche qui valide les arguments de Washington contre la liberté d’informer en répétant les « fake news » et calomnies habituelles. 

N’en déplaise à l’AFP, Julian Assange est le journaliste le plus primé du XXIe siècle et il est soutenu par de nombreux confrères dans le monde, des syndicats de journalistes (en France par le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes, à l’échelon international par la FIJ), des ONG comme RSF, Amnesty International, Human Rights Watch...

En espérant que s’il reste encore à l’AFP quelques journalistes attachés aux faits, ils prendront en compte ces éléments en vue d’un correctif et des excuses publiques pour cette dépêche qui « porte la plume dans la plaie » de la torture qui tue à petit feu leur confrère.

Olivier Azam,
Les Mutins de Pangée

DANS LE PODCASt dES MUtiNS

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Affaire USA vs Assange : La lutte continue.

Affaire USA vs Assange : La lutte continue.

Retour sur ce vendredi 10 décembre, vendredi noir pour les droits de l’Homme alors que la justice britannique vient d’annoncer qu’elle revient sur sa décision de ne pas extrader Julian Assange.

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Lettre-info du 11/12/2021

Comme un terrible symbole pour cette “journée internationale des droits de l’Homme”, ce vendredi 10 décembre, la justice britannique vient d’annoncer qu’elle revient sur sa décision (de janvier) de ne pas extrader Julian Assange, obéissant ainsi à la volonté impériale de Washington qu’on lui livre le plus grand journaliste de notre temps*, pour avoir révélé la vérité. Sale journée pour les droits de l’Homme et pour la démocratie.

*Julian Assange est le journaliste le plus primé du XXIe siècle.

LA LUTTE CONTINUE

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Que va t’il se passer maintenant ?

Sur le plan juridique, nous voilà revenu un an en arrière avant que le Royaume-Uni rejette (temporairement donc) la demande d’extradition des États-Unis au vu de l’état de santé de Julian Assange et du risque de suicide. Décision qui avait été prise par la juge britannique juge Vanessa Baraitser, tout en validant les arguments de fond des États-Unis qui assimilent le journalisme à de l’espionnage. C’était dans l’attente de la prise de fonction du président Joseph Biden alors fraîchement élu qui a aussitôt relancé les poursuites contre Assange.

La défense d’Assange va faire appel de cette nouvelle décision auprès de la Cour Suprême… ce qui signifie des mois et des mois d’attente avant l’examen du dossier, des nouvelles audiences, des recours encore possible dans cet interminable marathon judiciaire mais surtout politique… Il suffirait que le président Biden décide que cette affaire doit s’arrêter pour que tout s’arrête, mais rien ne risque d’arriver sans une pression internationale, une mobilisation citoyenne et médiatique, aussi mince soit l’espoir.

Depuis avril 2019, après 7 ans d’enfermement dans l’ambassade d’Équateur à Londres, Julian Assange est cyniquement assassiné à petit feu dans la prison de haute sécurité de Belmarsh… là où devraient plutôt être emprisonnés ceux qui ont commis les crimes qu’il a révélé. Nos pensées vont en priorité vers lui et ses proches, sa compagne Stella Moris, ses enfants, son père John Shipton qui vivent tous un nouvel épisode très violent.

Que pouvons-nous faire ?

Plus que jamais il faut porter les voix en défense d’Assange et éclairer ce que révèle cette affaire. Déjà pour l’aider par notre soutien à tenir encore dans cette épreuve de torture particulièrement sadique qu’il vit depuis des années dans la prison britannique (un article de Grayzone traduit ici en témoigne ou encore l’intervention de Nils Melzer lors du débat à l’Espace Saint-Michel le 25 novembre).

Continuer à éclairer cette affaire est à la fois une question de dignité et un début de résistance à ce qui semble pour beaucoup inéluctable voire même "acceptable". Le silence serait la pire des défaites. Laissons ce silence à certains journalistes qui continuent à creuser tranquillement leur tombe par complicité, peur, ignorance, incompétence… ce qui revient au même et aboutira au même résultat. Continuer à raconter ce qu’a révélé WikiLeaks et son fondateur Julian Assange, qui a fait le sacrifice de sa liberté pour la vérité, est le minimum que l’on puisse faire. Se mobiliser chacun à son niveau possible d’action pour que la France prenne officiellement position pour défendre Assange et avec lui le principe même du journalisme contre le diktat de criminels qui ne contestent pas la réalité de leurs crimes “au nom de la démocratie” mais simplement le fait de les avoir révélés aux yeux du monde.

ASILE POLITIQUE EN FRANCE POUR ASSANGE !

Comme il nous l’avait promis lors du ciné-débat à l’Espace Saint-Michel, le député Cédric Villani nous a proposé d’organiser une projection de Hacking Justice à l’Assemblée Nationale ce lundi. Nous y allons avec détermination pour essayer encore de convaincre quelques députés de plus dans l’initiative “transpartisane” de proposition de résolution pour “inviter le Gouvernement à accorder l’asile politique à Julian Assange”.

La France va t’elle défendre les droits humains et la liberté de la presse ?

Nous sommes très lucides sur la réalité de la position de soumission de la France face aux États-Unis mais il y a eu des précédents historiques (le refus de participer à la deuxième guerre de destruction de l’Irak basée sur un gros mensonge, par exemple) dont peuvent encore s’inspirer nos élus dans une contexte d’actualité particulièrement humiliant pour la France. Ne pas tout essayer ne serait pas digne de la "patrie des droits de l’Homme”. Vous pouvez bien sûr de votre côté poser des questions à vos députés sur le sujet, les interroger sur leur position et leur demander s’ils ont signé, ou compte signer et voter cette proposition de loi.

COMPRENDRE L’AFFAIRE ASSANGE ET SES ENJEUX

Vous êtes désormais nombreux parmi les lecteurs de cette lettre-infos à avoir pris connaissance de notre coffret Livre-DVD autour du film Hacking Justice de Clara López Rubio et Juan Pancorbo, et il reste selon nous le meilleur moyen de se mettre à jour sur le dossier (en savoir plus).

Aussi, vous pouvez retrouver en libre accès nos derniers débats filmés par l’équipe de l’espace Saint-Michel à Paris que nous remercions pour son accueil chaleureux pendant près d’un mois où nous avons animé 12 ciné-débats dans cette salle (un record ?), avec le soutien des Amis du Monde Diplomatique, la Ligue des droits de l’Homme, Là-bas si j’y suis, #AUPOSTE, L’Humanité, Blast… et le relais de nombreux indépendants.

De nouvelles vidéos à voir en libre accès :

  • Ciné-débat avec Mathias Reymond d’ACRIMED (et Laurent Dauré)
  • Ciné-débat avec David Dufresne de #AUPOSTE (et Olivier Azam).
  • Ce qu’il faut savoir du procès Assange par Viktor Dedaj, sur la chaîne du Canard réfractaire.

À VOIR SUR hackingjustice.fr ( LIVE & MEDIAS) ainsi que beaucoup de vidéos sur l’affaire Assange (à durées variables selon le temps dont vous disposez)

Et les ciné-débats continuent dans d’autres salles en décembre malgré les difficultés de la période :

  • Majestic Bastille à Paris avec la LDH et la maison des lanceurs d’alerte le 12 décembre à 11h
  • Cinéma Le Klub de Metz avec les AMD, Amnesty International et le CMDPH, le 14 décembre à 20h
  • Cinéma Le Lido à Limoges avec Daniel Mermet et l’association Mémoire à vif, le 16 décembre à 20h30
  • UGC Roxane à Versailles, avec les AMD, l’association Culture et Cinéma, Meriem Laribi et Laurent Dauré le 17 décembre à 19h

D’autres séances continuent à se programmer en janvier. On la fermera pas !
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Faut Pas Mollir !

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Les gardes chiourmes de Julian Assange

Les gardes chiourmes de Julian Assange

Ils obéissent au doit et à l’oeil de Washington. L’affaire Assange montre leur vrai visage.

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Julian Assange a été arrêté au sein de l’ambassade d’Equateur à Londres le 11 avril 2019, suite à la trahison du nouveau président équatorien Lénin Moreno, après son allégeance aux Etats-Unis de Trump. Dans cet extrait de Hacking Justice de Clara Lopez Rubio et Juan Pancorbo, l’image de Theresa May devant la chambre britannique en dit long.

On a appris ensuite qu’Assange et ses avocats, ses visiteurs et ses défenseurs ont aussi été espionnés dans l’Ambassade pour le compte des Etats-Unis. Il est désormais confirmé que la CIA avait aussi envisagé de l’assassiner ou de le kidnapper, avant de finalement obtenir son enlèvement par la police britannique au sein même de l’ambassade, le 11 avril 2019. À cette occasion, les documents et disques durs concernant sa stratégie de défense ont été volés.

Julian Assange a ensuite purgé la lourde peine de 50 semaines dans de la prison de haute sécurité de Belmarsh pour n’avoir pas respecté les conditions de son contrôle judiciaire dans l’affaire suédoise (avec le bris de son bracelet électronique quand il s’est réfugié à l’ambassade)… Une fois purgée sa peine, il a été maintenu en détention à Belmarsh à la demande des Etats-Unis qui veulent juger le journaliste australien sur la base de chefs d’inculpations essentiellement fondés sur L’Espionage Act, qui est une loi interne aux Etat-Unis, inventée en 1917 pour enfermer les opposants à l’entrée en guerre.

En janvier 2021, la juge Vanessa Baltaiser rejetait (temporairement donc) la demande d’extradition des États-Unis au vu de l’état de santé de Julian Assange et du risque de suicide, tout en validant les arguments de fond des États-Unis qui assimilent le journalisme à de l’espionnage.

Le 10 décembre 2021, suite à l’appel des Etats-Unis, la justice britannique est revenue sur ce jugement, ouvrant à nouveau la possibilité d’extrader le journaliste Julian Assange pour qu’il soit jugé pour espionnage aux Etats-Unis, où il risque 175 ans de prison.


Ciné-débats Julian Assange

Ciné-débats Julian Assange

Autour de la sortie de Hacking Justice, le cinéma Espace Saint-Michel à Paris filme les débats à revoir ici.

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Autour de la sortie de Hacking Justice, le cinéma Espace Saint-Michel à Paris filme les débats à revoir ici.


ENTRETIEN AVEC LES RÉALISATEURS DU FILM HACKING JUSTICE

ENTRETIEN AVEC LES RÉALISATEURS DU FILM HACKING JUSTICE

Entretien avec Clara López Rubio et Juan Pancorbo

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D’où venez-vous ?

Clara López Rubio : Juan et moi avons tous deux étudié le cinéma à l’Académie du film et de la télévision de Berlin où nous avons réalisé plusieurs courts métrages de fiction. Nous avions travaillé sur la guerre civile espagnole et la dictature franquiste, un sujet qui nous a toujours interpellés car il est étroitement lié à notre histoire personnelle. Mais nous avons surtout raconté des histoires de personnages dont la vie a été affectée par des événements politiques. Dans Hacking Justice, les personnages que nous suivons ne sont pas seulement affectés par ces événements politiques mais ils sont capables de les influencer. Ils ont marqué l’histoire et vont probablement continuer à le faire.

Comment ce projet a-t-il commencé ? Comment avez-vous eu accès aux protagonistes ?

Clara López Rubio : Nous avions pris contact avec le juge Garzón pour réaliser un film sur sa carrière. C’était l’été 2012 et nous sommes allés lui rendre visite dans sa ville natale, Torres, en Andalousie. Il venait d’être radié du barreau et était en train de se reconvertir en avocat. C’est à cette époque qu’il a reçu un appel de Julian Assange et a accepté de coordonner sa défense pro bono. C’était une histoire qui valait la peine d’être racontée. Soudain, apparaissait un autre personnage fascinant et controversé, et une affaire d’actualité qui suscitait un grand intérêt au niveau international.

Juan Pancorbo : L’accès à des personnages aussi importants pour deux réalisateurs sans filmographie derrière eux – car c’est notre premier long métrage – a été un véritable défi. Nous nous sommes présentés tels que nous étions, sans le soutien de grandes sociétés de production, n’étant pas des spécialistes des questions juridico-politiques, mais animés de curiosité, déterminés à apprendre et à raconter.
Il fallait faire face à de nombreuses difficultés liées à la réalisation d’un film sur des avocats dans une affaire en cours, sous haute tension politique, dans laquelle ils devaient tous être extrêmement prudents. Nous avons fait de nombreux voyages pour rien car on nous a plusieurs fois refusé l’autorisation de tourner au sein de l’ambassade... Mais nous nous sommes tenus devant le balcon de la chambre de Julian Assange et nous avons continué à insister calmement et patiemment. Comme les protagonistes du film n’étaient pas prêts à abandonner, nous avons décidé de ne pas abandonner non plus. Et nous avons opté pour la « contrebande » de jambon Serrano et autres produits espagnols au sein de l’ambassade ! (rires)

Quelles étaient les règles du jeu ?

Clara López Rubio : Nous documentions un processus légal, une affaire encore ouverte, avec de nombreuses implications politiques… La seule condition était de ne pas saper la défense de Julian Assange, en révélant des détails de sa stratégie, par exemple. Nous avons aussi respecté le choix de certains membres de l’équipe qui ne souhaitaient pas apparaître devant la caméra. Nous nous sommes engagés à montrer le résultat final aux avocats avant de le rendre public. C’était la seule règle.

Comment avez-vous tenu le fil de ce récit dont l’issue était incertaine de bout en bout ?

Clara López Rubio  : Le récit de départ était la rencontre de ces deux personnalités apparemment très différentes aux destins croisés. Baltasar Garzón nous a expliqué qu’il voyait la défense de Julian Assange comme la défense d’un principe fondamental de la démocratie : la liberté d’expression et le droit d’accès à l’information. Et ça correspondait parfaitement à notre vision initiale. La confiance se construit avec le temps et le fait inattendu que le tournage a duré neuf ans a finalement joué en notre faveur.
Au fil du temps, nos personnages ont grossi et maigri, nous avons tous fait des cheveux blancs, nos enfants ont grandi... Notre regard a changé et nous étions de plus en plus convaincus que ce que nous faisions en valait la peine. Nos protagonistes, avec qui nous partagions cette expérience, ont compris que nous n’abandonnerions pas non plus et cela a contribué à atteindre ce niveau de confiance et d’intimité nécessaire pour réaliser ce genre de documentaire.

Juan Pancorbo : Au départ, le film montre le travail de Baltasar Garzón à la tête de l’équipe juridique internationale qui défend le rédacteur en chef de WikiLeaks, Julian Assange. En termes visuels, nous l’avons présenté ainsi : un homme enfermé dans une pièce et un autre qui voyage à travers le monde avec pour mission de le faire sortir. Mais les grandes questions sont en arrière-plan, car ce qui est en jeu dépasse largement le sort d’un seul individu. Nous parlons de l’avenir de l’Internet, la transparence des gouvernements et des entreprises, la nécessité de protéger les lanceurs d’alerte, l’asile diplomatique si profondément ancré dans les pays d’Amérique latine… Avec le recul des années, la persécution de Julian Assange est la preuve sans équivoque que la liberté d’information et de la presse est menacée dans les démocraties occidentales.

Comment Hacking Justice a-t-il été produit ?

Juan Pancorbo : La lenteur de la progression de l’affaire a engendré de grandes difficultés de production. Nous avons commencé le tournage grâce à un financement de la chaîne de télévision allemande WDR. Comme il s’agissait d’une affaire juridique complexe, avec de nombreux scénarios possibles, nous avons dû payer des voyages dans le monde entier : en Équateur, aux États-Unis, à Genève, à Madrid, à Londres… La plupart de ces voyages n’ont été décidés seulement que quelques jours à l’avance, engendrant des surcoûts et un temps de préparation minimal. Nous devions être toujours en alerte et prêts à bouger rapidement. Nous faisions ce film pendant notre temps libre, en le combinant avec nos emplois, nos familles respectives et l’éducation de nos enfants... Après un an et demi de tournage, nous avons commencé à manquer de budget. Heureusement, la société de production espagnole MediaSur et la chaîne de télévision Canal Sur ont rejoint le projet. Après deux ans, nous avons de nouveau manqué de budget pour continuer à tourner. Puis nous avons reçu un peu de soutien de la part de télévisions belge (VRT) et franco-suisse (RTS). En bref, nous avons sans cesse investi notre propre argent dans le projet, mais heureusement, nous avons toujours réussi à trouver de nouvelles sources de financement.
Au fur et à mesure que le temps passait, la pression pour terminer le film augmentait. Mais l’histoire n’avait toujours pas d’issue : nous étions en 2017, Julian était toujours à l’intérieur de l’ambassade, les avocats n’avaient pas beaucoup avancé dans leurs actions – à l’exception du grand succès de la résolution du groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire en 2016 – et l’image de Julian dans le monde était fortement attaquée...
Dans ces conditions, nous avons été contraints de terminer notre film, tout en sachant qu’il n’allait pas avoir une grande diffusion car il véhiculait une image d’Assange et de ses collaborateurs qui n’allait pas être acceptée tellement elle différait de la « version officielle ».
Avez-vous perçu une pression extérieure ? Une surveillance ?
Juan Pancorbo : À aucun moment nous n’avons eu l’impression d’être espionnés. Bien entendu, nous avons remis nos papiers et nos téléphones à l’agent de sécurité de l’ambassade à chaque fois que nous sommes entrés, mais nous ne pouvions pas soupçonner le double jeu auquel se livrait la société de sécurité, même si l’Équateur avait déjà signalé la présence d’un microphone dans les locaux diplomatiques. Il n’y avait aucune menace, aucun contrôle extraordinaire dans les aéroports. Nous avons pu accompagner Baltasar Garzón aux États-Unis, en informant les autorités de la raison de ce voyage. Les services secrets ont bien fait leur travail cette fois-ci. (rires)

Quelles ont été les plus grandes difficultés durant ces neuf ans ?

Clara López Rubio : En ces temps de pandémie, tout le monde peut désormais imaginer quelles sont les difficultés de mener un projet dans l’incertitude permanente. Il fallait se rendre sur place sans savoir si on pouvait tourner et ça impliquait forcément de dépenser de l’argent pour les billets d’avion, les hôtels, la location et le transport du matériel. Les protagonistes ne pouvaient pas trop nous tenir au courant de leurs agendas et de leurs voyages, pour des raisons faciles à comprendre.
Nous avons dû faire un véritable travail de détective et prendre quelques risques pour tourner, avec un certain optimisme. Pendant les premiers mois, nous avons cru que l’affaire pouvait se résoudre rapidement, que Julian pouvait quitter l’ambassade à tout moment et ce sentiment d’urgence nous a fait prendre beaucoup de décisions hâtives sur ce qu’il fallait tourner. Puis nous sommes passés à l’attitude inverse : des mois et des années d’impasses, où il semblait que l’équipe de défense ne faisait aucun progrès et que la situation pouvait s’éterniser. Et puis soudain, quelque chose se produisait et nous devions laisser tomber notre vie quotidienne pour repartir aussitôt tourner. Mais nous étions portés par l’enthousiasme, l’endurance, la force et la conviction de nos protagonistes, non seulement Julian, mais aussi toutes les personnes qui apparaissent dans notre documentaire. Et aussi les personnes qui sont venues chaque semaine devant l’ambassade, qui ont organisé les veillées à Londres, mais aussi à Berlin et dans d’autres villes, à une époque où pratiquement personne d’autre ne soutenait Julian Assange. Aujourd’hui, la situation a changé, davantage de gens ont compris l’injustice qui lui est faite et ce que ça signifie pour nos démocraties ; quelques voix s’élèvent en politique, jusqu’au Parlement européen... Mais il y a quelques années, presque personne ne se souciait du sort d’Assange, il était devenu un « pestiféré ». C’est pourquoi nous avons été impressionnés par le courage de ces gens que nous avons filmés. Un courage qui est vraiment « contagieux » [comme dit souvent Assange] et qui nous a aidés à surmonter de nombreux moments de désespoir pour aller au bout de ce film.

Malgré cela, pourquoi la mobilisation en faveur de Julian Assange est-elle encore si faible en 2021 ?

Juan Pancorbo : C’est avant tout le résultat des campagnes de dénigrement successives dont il a fait l’objet. On a dit de lui qu’il avait « du sang sur les mains » parce qu’il avait publié des informations non filtrées mais les procureurs états-uniens n’ont présenté aucune preuve de cette accusation lors des audiences d’extradition. Puis sont venues les allégations de viol en Suède, ce qui a ruiné sa réputation. Qui peut prendre fait et cause pour un violeur ? Mais il s’avère que l’affaire n’a jamais dépassé le stade d’une « enquête préliminaire » en Suède, que le parquet suédois n’a jamais porté plainte et que l’affaire a été classée plusieurs fois jusqu’à sa clôture définitive en 2019. En outre, l’image de Julian Assange a été construite dans les médias – et même dans les films hollywoodiens – comme quelqu’un de terriblement égocentrique et despotique envers ses collaborateurs. Un récit s’est imposé : WikiLeaks était peut-être une initiative précieuse, mais son fondateur était un monstre qui avait fini par détruire son propre projet par trop d’ambition. Le rôle des grands médias est particulièrement intéressant. Au début, ils ont reconnu la valeur journalistique de WikiLeaks et ont partagé ses publications ; ensuite, ils ont décidé que Julian Assange ne faisait pas partie de la corporation des journalistes, ce qui est devenu très dangereux pour lui, car en l’expulsant de la sorte, non seulement ils l’ont isolé et l’ont rendu plus vulnérable aux attaques, mais ils lui ont également coupé les garanties et les protections que la Constitution accorde à la presse. On a alors prétendu qu’il avait aidé Trump à accéder au pouvoir, qu’il collaborait avec la Russie pour interférer dans les élections US, etc. Heureusement, ce point de vue semble changer avec le temps, notamment grâce au rôle actuel d’organisations telles que Reporters sans frontières et de personnalités telles que le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Melzer.

Comment percevez-vous la justice internationale après avoir filmé l’affaire Assange pendant toutes ces années ?

Juan Pancorbo : C’est une affaire truffée d’irrégularités, impliquant plusieurs États, dans laquelle il est clair que la justice n’est pas indépendante du pouvoir politique lorsqu’il s’agit de questions aussi sensibles que la sécurité nationale. Plusieurs fois pendant le tournage et avec tout ce qui s’est passé ensuite, nous avons perdu confiance en la justice. Mais nos protagonistes sont des avocats – Baltasar Garzón a été juge d’instruction pendant de nombreuses années – et bien sûr, ils croient en la loi. Le fait de voir que malgré tous les revers et les irrégularités du processus, ils n’ont jamais cessé de faire confiance à la légalité et au système juridique nous a réconciliés avec l’idée que certes, le système judiciaire peut être manipulé, obéir à des intérêts politiques voire être corrompu, mais qu’il vaut néanmoins la peine d’y travailler. Parce que le droit n’est pas statique, il évolue, il s’adapte, et il vaut donc la peine de se battre sans relâche pour les bonnes causes. Et pour ce qui nous concerne, de laisser une trace filmée de ces combats.

Comment Julian a-t-il changé entre cette première rencontre et la dernière fois que vous l’avez vu ?

Clara López Rubio : Nous avons vu Julian pour la première fois en 2013, lors d’une réunion juridique à l’intérieur de l’ambassade d’Équateur. Nous savions que nous allions avoir très peu de temps pour lui parler et nous avions préparé une phrase à lui dire. Julian était gentil avec nous, mais il était très concentré sur la conversation avec ses avocats. Bien que l’équipe juridique nous avait donné l’autorisation de filmer quelques séquences, le garde de la sécurité de l’ambassade a fait irruption dans la pièce, éjecté de force notre caméraman et effacé les quelques minutes filmées. J’ai juste eu le temps de dire à Julian : « Notre film raconte l’affaire WikiLeaks du point de vue de votre avocat Baltasar Garzón et de l’équipe qu’il dirige. Nous voulons transmettre au public la raison pour laquelle ils vous défendent, les enjeux de votre affaire… » et on a dû partir. Après cet incident, un mois plus tard, nous avons pu tourner quelques images à l’intérieur de l’ambassade, mais ce n’est que deux ans plus tard, en 2015, que nous avons pu réaliser l’interview de Julian. Il nous avait donné vingt minutes et notre vol partait le soir même. Nous avons commencé à lui parler de sa vision de WikiLeaks et du journalisme. Je pense qu’il s’est senti à l’aise avec nous car il a décidé de prolonger l’entretien... Nous avons parlé pendant plus d’une heure, puis nous avons dû terminer car l’ambassadeur équatorien avait besoin de la salle pour un autre rendez-vous.

Juan Pancorbo : La transformation des personnages au fil du temps ne peut se refléter que dans des projets longs comme celui-ci. Julian Assange fait l’objet d’une punition exemplaire depuis maintenant une décennie. La méthode employée est classique : elle consiste à « tuer le messager » et dissuader ceux qui pourraient être tentés de suivre ses traces. Et le poids de cette punition se reflète dans l’apparence physique de Julian tout au long de notre film. Tant qu’il a pu rester actif et travailler, il n’a jamais montré de signes de faiblesse, son apparence physique reflète l’enfermement prolongé dans un espace très confiné, sans air frais, etc. Sa santé s’est sérieusement détériorée avec le temps, comme l’indiquent les rapports médicaux, mais ses yeux n’ont pas perdu la force du premier jour. Depuis qu’il est enfermé dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, il n’existe pratiquement aucune photo de lui. Mais il est évident que, dans les conditions dans lesquelles il est détenu et avec les circonstances aggravantes de la pandémie, sa situation est plus que préoccupante. Il doit être libéré immédiatement, afin qu’il puisse retrouver sa famille et ses jeunes enfants, contraints de grandir sans leur père.

Comment a été reçu votre film par la presse à la présentation de la première version en 2017 ?

Juan Pancorbo : Contrairement à la presse espagnole, qui a beaucoup parlé du film, le silence de la presse européenne et une critique très négative dans le journal Süddeutsche Zeitung nous ont quand même surpris.
Le jour de la première projection de notre film au festival DocsBarcelona, le 19 mai 2017, la Suède a annoncé, lors d’une conférence de presse, que l’enquête [pour « délits sexuels » en Suède] contre Assange était terminée. La télévision allemande nous a alors demandé de mettre à jour la fin du film afin d’intégrer les derniers événements. Nous avons alors repris ce travail dans une situation économique des plus précaires. Puis nous avons essayé de garder la distance nécessaire pour aller au bout malgré l’émotion de la nouvelle situation dramatique que vivait Julian Assange après sa mise en détention.

Où le film a-t-il été vu ?

Clara López Rubio : Depuis sa première version, le film a déjà été montré dans de nombreux festivals dans le monde entier : au Mexique, en Californie, à Bruxelles, en Autriche, en Argentine, au Chili, au Venezuela, en Équateur, en Espagne... Nous avons obtenu quelques prix en Amérique du Sud. Une plateforme indépendante en Australie le met en ligne maintenant. Notre petite frustration est que le film n’a pas encore été montré au Royaume-Uni et aux États-Unis (à l’exception de la Californie). Nous avons postulé à de nombreux festivals là-bas, mais nous n’avons reçu que des réponses négatives...
Et bien sûr, il a été diffusé sur les télévisions européennes qui ont participé à la production : Canal Sur (Espagne), WDR (Allemagne), RTS (Suisse), VRT (Belgique). Et aussi sur la RAI (Italie), RT (Russie), 3sat (Allemagne) et vous pouvez le voir en ligne dans la médiathèque du principal radiodiffuseur allemand ARD.

Comment souhaitez-vous que votre film vive maintenant ?

Juan Pancorbo : J’aimerais qu’il contribue à éclaircir le flou qui entoure l’affaire Assange.
Nous n’avons pas fait ce film pour défendre une thèse, au début nous étions aussi confus que n’importe quel autre citoyen qui s’informe par les canaux conventionnels. Mais nous avons appris à découvrir une réalité que nous avons essayé de partager à travers ce documentaire. Nous ne sommes pas partis d’une idée, mais nous y sommes arrivés : c’était un voyage de découverte, auquel nous invitons les spectateurs. Nous vivons dans un monde où la lutte pour le contrôle de l’information est féroce et le cinéma permet d’exprimer les valeurs défendues par ceux qui mettent l’information au service des gens ordinaires.

Clara López Rubio :
Après tous ces efforts, et vu que nous avons passé notre vie sur ce sujet, nous souhaitons qu’il soit utilisé le plus possible. Nous espérons que les spectateurs en sortiront avec un niveau de connaissance plus élevé et que les jeunes journalistes l’intègreront dans leur vision du monde.

Entretien réalisé par Olivier Azam le 16 juillet 2021 pour l’édition du coffret Livre-dvd édité par Les Mutins de Pangée


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A l’occasion de la sortie du coffret livre-dvd "Hacking justice - Julian Assange" aux éditions Les Mutins de Pangée en novembre 2021 et du film dans certaines salles, ici des nouvelles de Julian Assange.

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LA SITUATION DE JULIAN ASSANGE EN 2021

Janvier. Depuis son exfiltration de force de l’Ambassade d’Equateur à Londres le 11 avril 2019, où Julian Assange était réfugié, il est détenu à Belmarsh, prison « Supermax » construite dans la banlieue de Londres pour les terroristes et autres grands criminels condamnés à des peines lourdes. Le fondateur de WikiLeaks a d’abord effectué 50 semaines de prison pour avoir rompu son bracelet électronique en 2010. Bien qu’ayant été finement officiellement innocenté dans l’affaire de "crime sexuel" qui l’a conduit à cette situation absurde (le 19 novembre 2019, la justice suédoise cloturait définitivement le chapitre de l’accusation de « délits sexuels » qui a ruiné la réputation d’Assange). Son incarcération à Belmarsh a été maintenue, malgré son état de santé et les cris d’alertes des médecins et experts, en vue de son extradition vers les Etats-Unis où il est menacé de 175 ans de prison.

12 février. Conformément à ce que le nouveau président des États-Unis Joseph Biden avait annoncé le 20 janvier lors de son investiture, son gouvernement fait officiellement appel, dans la continuité de la politique de son prédécesseur, du refus de la justice britannique d’extrader Assange afin de le juger dans le cadre de l’Espionage Act. Votée en 1917, cette loi vise à faire taire toute forme d’opposition à une guerre menée par les États-Unis. Parmi les personnes condamnées au titre de l’Espionage Act, on compte notamment : Eugene Debs, Victor L. Berger, Ethel et Julius Rosenberg, Daniel Ellsberg, Chelsea Manning, Daniel Hale, Edward Snowden et Reality Winner.

26 juin. L’un des principaux témoins à charge d’Assange, l’ex-activiste islandais Sigurdur « Siggi » Thordarson, revient sur ses accusations. Ce porte-parole auto-proclamé de WikiLeaks, qui s’était proposé, en 2010, de participer à une récolte de fonds, aurait détourné plus de 50 000 dollars ; puis il a été accusé, entre autres escroqueries, de divers délits, dont l’abus sexuel sur mineurs. En mai 2019, c’est Kellen S. Dwyer, adjoint du procureur général William Barr nommé par Donald Trump, qui a proposé à Thordarson l’immunité contre un faux-témoignage incriminant Assange. Edward Snowden tweete : « C’est la fin du procès contre Julian Assange. » Mais l’information passe relativement inaperçue.

Juillet. L’Équateur révoque la nationalité d’Assange.

11 août. En duplex depuis sa prison, Assange est auditionné dans le cadre de l’appel des États-Unis pour son extradition. Les États-Unis s’attaquent aux évaluations psychologiques pour relativiser le risque de suicide. La justice britannique permet aux États-Unis de faire appel sur le risque de suicide.

28-29 octobre. Audiences en appel des Etats-Unis en vue de l’extradition de Julian Assange.

HACKING JUSTICE (BANDE-ANNONCE)

INÉDIT EN FRANCE

Pré-commande de notre nouvelle édition LIVRE-DVD à paraitre en novembre 2021.

HACKING JUSTICE AU CINÉMA L’ESPACE SAINT-MICHEL, PARIS 5ème, à partir du 17 novembre 2021

Plusieurs séances par jour. Le film sera suivi de débats aux séances de 21h le lundi, mercredi, et Vendredi.

- EN SAVOIR PLUS SUR LE FILM ET LE LIVRE

Pour organiser une projection dans votre région, contactez-nous.

#AU POSTE AVEC DAVDUF

Le 1er Juillet, Olivier Azam des Mutins de Pangée était convoqué amicalement au poste, le live de David Dufresne sur Twitch, pour parler de Julian Assange, WikiLeaks et du film, avec de nombreux extraits inédits.