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Casser du sucre à la pioche

Fin de la pause !

Est-ce que j’ai entendu ces mots ? J’ouvre les yeux. J’émerge doucement. Tout ce blanc. La réalité revient à moi. Revient en moi. Un coup d’œil à droite. Un coup d’œil à gauche. Sortant comme moi de leur léthargie, les autres s’animent. L’un est assis et regarde autour de lui, l’air hagard. Un autre se relève en maugréant. Un troisième boit à sa gourde de métal. Est-ce que j’ai entendu ces mots ? Je ne sais pas. D’habitude, je les entends c’est sûr, je ne dors pas. Aujourd’hui, pour la première fois j’ai sombré dans le sommeil. Trente secondes ? Dix minutes ? J’en sais rien. Peu importe, faut s’y remettre. Nous sommes dix, ressemblants, indifférenciés. Dix fantômes, combinaisons blanches, bottes blanches, casques blancs, fondus dans le blanc de ces montagnes de sucre. Fantômes silencieux. Les bruits sont étouffés. Les coups de pioche dans les blocs de sucre font un ploc mat et lointain. Le mec à côté, s’il parle normalement, j’entends pas. Au reste, personne ne parle, ou si peu.

(4ème de couverture du livre "Casser du sucre à la pioche" de Eric Louis)

Collection Des réels

Ecrire le réel pour combler les vides… des traces brutes, une ivresse dans la quête de soi et des autres. Ecrire le réel c’est reprendre la route, s’imaginer, s’inventer qu’importe, c’est suivre ses propres traces mais pouvoir en apprécier la forme, la profondeur et la texture… c’est s’y plonger tout entier. Des récits de vie qui se tiennent au bas du ventre comme des poids de souvenirs… qui rappellent à l’épreuve, au goût de vivre, à l’autre… au commun.
Le site des Editions du commun
Un autre titre est disponible chez le même éditeur : Vous ne pouvez rien contre nous, nous vous empêchons de vieillir par les lascars du LEP électronique (Paris, 1986)

L’auteur

Eric Louis, nous l’avons connu en tant que "coordinateur d’incertitudes" mais surtout grand maitre de l’organisation de toutes les actions au journal Fakir, celui sans qui "tout cela n’aurait pas été possible". Maintenant, il est cordiste et nous raconte son quotidien d’intérimaire, suspendu à sa corde, entre paysages fantomatiques et rapport au travail. Un texte court, sec, puissant qui nous plonge dans son quotidien. Il s’agit de son premier ouvrage.