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Aguirre, la colère de Dieu

Disponible en VOD et DVD

XVIe siècle. Au coeur de la forêt amazonienne, des conquistadors évoluent en quête de l’El Dorado. Quand l’opération doit stopper, le lieutenant Lope de Aguirre se révolte, fait exécuter ses opposants et proclame le noble Guzman empereur d’El Dorado.

Film au statut mythique, rendu légendaire par ses conditions de tournage difficiles, l’interprétation habitée de Klaus Kinski dans le rôle d’Aguirre et la musique de Popol Vuh, Aguirre, la colère de Dieu condense les thèmes favoris de Werner Herzog : vanité de l’exploit, mégalomanie et quête de l’extase.

Revue de presse

Les Inrockuptibles : "Cette fantaisie historique (...) demeure l’un des chefs-d’oeuvre du cinéma contemporain et un des meilleurs films de Herzog." (critique parue lors de la reprise en 2008)

Le Nouvel Observateur : "Il est recommandé de redécouvrir sur grand écran et dans une copie neuve l’odyssée sauvage sur des eaux et des terres en furie qu’est "Aguirre ou la Colère de Dieu", embrasé par l’incandescent Klaus Kinski. (critique parue lors de la reprise en 2008)"

Charlie Hebdo  : "(...) pas seulement la matrice des grands river movies du cinéma américain des années 70 (...) ou des films de cannibales pseudo-naturalistes produits en masse par les Italiens, mais aussi un extraordinaire document sur ses propres conditions de tournage (...)" (critique parue lors de la reprise en 2008)

Brazil : "Voici l’une de mes plus belles expériences de cinéma. L’oeuvre d’un fou qui s’imprime dans la mémoire. Une immersion extrême." (critique parue lors de la reprise en 2008)

Werner Herzog par Olivier Bitoun

Une introduction à l’oeuvre du cinéaste allemand à retrouver sur le site de Dvdclassik

Herzog est une légende. A l’évocation de son nom ou de ses films les plus célèbres (Aguirre et Fitzcarraldo en tête), ce sont mille histoires, mille anecdotes qui surgissent. Si l’on peut admettre que quand « la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende », parfois celle-ci occulte trop l’homme pour ne pas être remise en question.

Herzog a si souvent été présenté comme un excentrique, un mégalomane, voire un fou que la perception de son œuvre s’en est trouvée profondément faussée. On sait qu’il a tourné cinq fois avec Klaus Kinski (belle preuve de son insanité !), a fait hisser un bateau en haut d’une montagne (voilà pour la mégalomanie...), qu’il a hypnotisé ses acteurs (… et l’excentricité). Mais si la folie, la mégalomanie, l’excentricité traversent effectivement son œuvre, il est parfaitement réducteur d’associer le cinéaste aux sujets de ses films. Plutôt que de voir dans ses entreprises parfois démesurées une mégalomanie clinique, dans son association à Kinski un rapport qui tiendrait du sado masochisme, il convient plutôt de s’interroger sur les raisons qui l’ont mené à préférer hisser un véritable bateau en haut d’une montagne plutôt que de tourner dans le confort d’un studio, il convient de comprendre que s’il s’est acharné à faire tourner Kinski ce n’était pas pour le plaisir de la confrontation mais parce que dirigé, contrôlé, il était tout simplement un acteur habité au charisme hallucinant. Très (trop ?) rapidement porté aux nues par la critique, présenté comme le grand espoir du cinéma allemand, Herzog a subi le contre coup de cet engouement généralisé.
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Ce hiatus entre la perception de l’homme et l’homme lui-même remonte à loin. Très (trop ?) rapidement porté aux nues par la critique, présenté comme le grand espoir du cinéma allemand, Herzog a rapidement subi le contre-coup de cet engouement généralisé. Il bénéficie durant les années soixante-dix d’une aura incontestable. Il incarne, aux côtés de Fassbinder, Schlondörff et Wenders, le renouveau d’un cinéma allemand exsangue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. S’il émerge au même moment que ces cinéastes, son œuvre est totalement à part. En effet, ses films ne sont pas ancrés dans la société allemande de l’époque et n’évoquent guère le monde contemporain : ils sont happés par des images du passé et se situent souvent géographiquement loin de l’Allemagne et même de l’Europe. De plus, en terme de production, Herzog se place complètement en dehors du système classique du cinéma, produisant lui-même ses films (il travaille pendant deux ans dans une aciérie pour financer son premier court, Héraclès) et travaillant avec une équipe fidèle et très réduite. Finalement son œuvre, trop personnelle, trop détachée de cette seule question de la renaissance d’un cinéma allemand qui intéresse alors la critique, déçoit peu à peu la plupart de ses thuriféraires. On note la puissance d’évocation de ses sujets, son audace qui redonne un souffle d’air frais à un cinéma allemand moribond. Mais bientôt les critiques préfèrent utiliser les termes de folie, de grandiloquence et de mégalomanie. C’est la porte ouverte à une vision réductrice de son œuvre que l’on ne perçoit plus qu’à travers ces filtres déformants, la porte ouverte à une relecture de ses films que l’on taxe dorénavant régulièrement de fascisme. En effet, une frange de la critique (surtout de gauche) voit en lui un auteur peu recommandable, obnubilé par la question du surhomme, de la puissance, le dépositaire d’une idéologie rance sentant l’eugénisme voire, pour les plus radicaux, le nazisme. Une lecture qui, à la simple vision de son œuvre, est évidemment aberrante mais qui a joué un rôle important dans l’éclipse subie par le cinéaste.
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Dès L’Énigme de Kaspar Hauser (1974), on ne s’intéresse plus que poliment à lui, mais c’est la démesure du tournage de Fitzcarraldo (1982), bien plus commentée que le film lui-même, qui nourrit une fronde critique qui provoque la quasi disparition du cinéaste de l’horizon cinéphile. Mais dès Aguirre (1972), le jeu est faussé. Après l’aventure de ce tournage, la critique, telle un spectateur de compétition sportive en manque d’exploit et guettant l’accident, attend d’Herzog une nouvelle folie, une nouvelle œuvre démesurée. Or le cinéaste déjoue cette attente et ne fait plus, à ses yeux, que décevoir les espoirs qu’elle a placé en lui. La versatilité de la critique est à son comble lorsqu’Herzog réalise Fitzcarraldo et qu’elle ne voit dans ce tournage épique qu’une tentative désespérée de sa part pour renouer avec l’aventure d’Aguirre afin de la charmer de nouveau et de retrouver son soutien.
Un autre lieu commun veut que la disparition de Kinski en 1991 ait marqué la fin de sa carrière de cinéaste, comme si Herzog ne pouvait donner sa pleine mesure qu’en se confrontant à son frère ennemi. Or, après leur dernier film en commun (Cobra Verde en 1987) Herzog n’a jamais cessé de tourner et son œuvre s’est constamment enrichie dans les années 1990 et 2000. Il a seulement poursuivi sa carrière à l’écart du système, privilégiant le documentaire, genre toujours moins vu et moins commenté que le long métrage de fiction. Herzog est ainsi tombé dans l’oubli dans les années 1990, ses réalisations n’étant que peu distribuées et, conséquemment, peu vues. On note dans la presse quelques lignes où il est juste répété qu’Herzog n’est plus que l’ombre du cinéaste qu’il a naguère été et lorsque l’un de ses films est distribué, c’est timidement, sans éclat.
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Une petite partie de la critique continue cependant à s’intéresser à ses films, mais ceux-ci se retrouvent enfermés le plus souvent dans deux grilles de lecture figées - le romantisme allemand et la mystique - qui ne reflètent en rien la vérité d’une œuvre qui ne cesse de s’ouvrir sur de nouvelles questions et d’offrir une réflexion sur l’homme d’une incroyable richesse. Herzog lui même ne fait rien pour faciliter la tâche de la critique. Ne se souciant guère des frontières entre documentaire et fiction, court ou long métrage, réalisant cinquante-six films en moins d’un demi siècle, il finit par perdre même ses admirateurs les plus acharnés. La plupart de ses réalisations sont difficilement visibles et, petit à petit, les frontières de son œuvre deviennent floues, insaisissables. Or on ne peut pleinement appréhender le cinéma d’Herzog en se contentant des quelques longs métrages (une quinzaine au plus) distribués de manière classique.

En 2009, Beaubourg consacre une intégrale au cinéaste et le public a enfin la possibilité de découvrir l’œuvre dans son ensemble. Dans la foulée, son magnifique roman Le Chemin des glaces est réédité et le récit du tournage de Fitzcarraldo (Conquête de l’inutile) est traduit pour la première fois en français. Les entretiens et les dossiers abondent et Herzog sort de l’ombre pour devenir une figure quasi culte du cinéma contemporain, lançant même sa « Rogue Film School », une école de cinéma pirate et itinérante. Mais si ses dernières réalisations (Bad Lieutenant, La Grotte des rêves perdus, Into the Abyss) retrouvent le chemin des salles, il n’en demeure pas moins qu’en dehors de la rétro à Pompidou, la majeure partie de son œuvre demeurait inaccessible. « Demeurait » car en 2015, grâce au distributeur Potemkine, vingt-sept de ses films sont enfin rendus disponibles sur grand écran dans des copies numériques restaurées ainsi que dans une série de coffrets DVD et Blu-Ray.

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À propos

Année : 1972
Pays : Allemagne de l’ouest
Genres : Aventure, Biographie, Histoire
Réalisé par : Werner Herzog
Avec : Klaus Kinski, Helena Rojo, Del Negro, Ruy Guerra, Peter Berling, Cecilia Rivera, Edward Roland, Alejandro Chavez, Armando Polanah, Daniel Farfán, Julio E. Martínez, Alejandro Repulles, Indianern der Kooperative Lauramarca, Justo González, Antonio Marquez
Montage : Beate Mainka-Jellinghaus
Photographie : Thomas Mauch
Scénario : Werner Herzog
Musique : Popol Vuh
Produit par : Hans Prescher, Werner Herzog
Studios de production : Werner Herzog Filmproduktion, Hessischer Rundfunk (HR)