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Le pendule de Costel

Costel est un Rom... Mais ne vous inquiétez pas !

La réalisatrice, Pilar Arcila, lui a confié une caméra afin de suivre le quotidien de sa famille, fait de débrouilles, de croyances et de survie, en France, en Suisse et en Roumanie.
Et Costel pose les bonnes questions. Entre errance et migration économique, son parcours nous parle d’une Europe à économie variable mise à l’épreuve de ses rêves et de ses communautés les plus démunies. Archive poétique du présent, le film nous rappelle que "les discours, les rumeurs et les mythes qui les entourent sont de la même teneur que ceux de l’antisémitisme et du racisme. Que tout le monde semble s’en foutre. Que commencer à s’intéresser à eux, en rappelant qu’un homme est un homme, est peut-être un bon début." (Voir le dossier de la revue Le Tigre ci-dessous)

Pilar Arcila

Diplômée de l’école Nationale de la Photographie d’Arles en 2001, Pilar Arcila a étudié la psychologie à l’Université National de Colombie avant de s’intéresser à la photographie et au cinéma documentaire.
Elle a réalisé pour la Cinquième le court métrage « Temps de Pause » à Arles en 2004, en 2005 « Yann Paranthoën in memoriam » pour le magazine Metropolis-ARTE et en 2007 « Au fil du son », un portrait de Yann Paranthoën.
Pilar Arcila intervient également comme photographe au sein de divers collectifs qui pratiquent la technique du sténopé.

Festivals

- Festival International de Cinéma FID Marseille 2013, sélection Écrans parallèles « Les Lucioles (de leur disparition, de leur apparition) »
- États généraux du film documentaire, 2013 Lussas, sélection “Expériences du regard”
- Festival de Cinéma de Douarnenez 2013

Entretien avec la réalisatrice

Entretien avec Pilar Arcila sur Radio Grenouille : à écouter
ici

Entretien avec Pilar Arcila pour le journal du FID (03 juillet 2013)

Le point de départ du film ?
Au départ, il y a cette vision d’hommes et de femmes charriant dans des poussettes mille objets glanés dans les poubelles de Marseille. Venant de Colombie, cette image me frappe par sa familiarité puisque depuis longtemps, dans les grandes villes colombiennes la précarité a poussé un grand nombre d’habitants à survivre du recyclage des poubelles. Les croisant régulièrement à Marseille, j’ai voulu savoir qui ils étaient, d’où ils venaient. Une amie parlant roumain qui avait fait un article sur eux m’a présenté Costel et sa famille. Après quelques visites dans leur squat, j’ai proposé à Costel de le filmer dans sa déambulation quotidienne à travers la ville. En proie à une frénésie médiatique qu’ils jugeaient hostile et pesante, Costel et les siens ont apprécié mes premières images muettes en super 8 noir et blanc. De squat en squat une relation de confiance s’est nouée puis épanouie lors de notre passage dans leur village en Roumanie.

Comment avez vous travaillé avec eux ?
Quand j’ai rencontrée Costel et sa famille élargie, ils avaient déjà une pratique de l’auto- filmage et de l’archive familiale grâce au téléphone portable. Peut-être pour compléter mes propres images en noir et blanc, peut être par volonté de documenter son quotidien, Costel m’a demandé de lui prêter ma caméra vidéo. Ces images, qui faisaient en premier lieu l’objet de compilations DVD et de vidéo-lettres, se sont imposées comme une source à part entière dans la structure de mon film. Je ne donnais pas d’instructions à Costel et malgré mes invitations il ne voulait pas monter ses images, mais nous sentions tous deux que cet échange pouvait enrichir le film. Quand j’ai découvert les images tournées par Costel du départ nocturne en bus vers la Roumanie, il m’est apparu très clairement qu’elles devaient figurer au montage et dialoguer avec mes images.

Pouvez-vous revenir sur le choix du noir et blanc et le travail du son qui produisent une atmosphère singulière ?

Il s’est imposé dès le début du projet, je voulais échapper aux flux d’images journalistiques, rompre avec le misérabilisme et l’impersonalité des images vidéo. En Super 8 noir et blanc, les signes de leur précarité s’estompent au profit des présences humaines. Ces images en pellicule constituent une sorte d’archive du présent, une trace de leur passage. Je voulais aussi jouer avec les repères temporels, que les squats et les destructions d’aujourd’hui puissent faire écho aux bidonvilles et bombardements d’hier. Pour accompagner ses images silencieuses, j’ai souhaité travailler avec un créateur sonore pour composer un son mêlant rumeurs de ville et objets sonores non identifiés. Pali Mersault a répondu à ma demande en proposant une partition sonore rappelant des strates de villes superposées. Le son n’est pas daté, il laisse place comme le super 8 à l’imaginaire et j’espère, participe à une prise de recul sur la situation des communautés roms de Roumanie en Europe.

Propos recueillis par Nicolas Feodoroff pour le journal du FID (03 juillet 2013)
Le numéro complet est à lire ici

Dossier Rroms, "tsiganes", "gens du voyage" du magazine le Tigre

Dossier paru dans le numéro de novembre-décembre 2008 du mirifique magazine le Tigre que nous vous conseillons de lire sans modération.

On dit qu’ils volent nos poules, même si on n’a plus de poules. On dit qu’ils sont sales. On dit qu’ils ont l’air trop pauvres, dans nos sociétés qu’on rêve composées uniquement de riches. On dit qu’ils nous volent. Au mépris de l’avis du Parlement européen, l’Italie a commencé à les ficher, prenant leurs empreintes digitales, et faisant ressurgir le spectre des pires moments du XXe siècle. On dit qu’on n’est pas comme l’Italie. On dit qu’on est le pays des droits de l’homme. On continue de les confondre tous, allègrement : ceux qui vivent dans les bidonvilles, ceux qui sont nomades, ceux qui sont sédentaires. Ceux qui mendient, ceux qui travaillent.

On les appelle tantôt Rroms, tantôt Tsiganes, tantôt « gens du voyage ». Sur les routes, ils sont les seuls à avoir tant de panneaux indicateurs à leur usage. Dans le seul but qu’ils rentrent chez eux, faut-il croire. Mais c’est où, au fait, chez eux ? Le Tigre a pris la parole. Pour rappeler que chez eux, c’est ici. Que les discours, les rumeurs et les mythes qui les entourent sont de la même teneur que ceux de l’antisémitisme et du racisme. Que tout le monde semble s’en foutre. Que commencer à s’intéresser à eux, en rappelant qu’un homme est un homme, est peut-être un bon début.

Pour lire le dossier, c’est ICI ou à télécharger en PDF ci-dessous

PDF - 6.2 Mo

"Je ne suis pas raciste, mais les Roms..." : 2 émissions de Là-bas si j’y suis

Serge Dassault qui félicite Manuel Valls pour sa politique envers les Roms. La scène se déroule le 5 septembre dernier, lors de l’inauguration de la 64e Foire de Corbeil-Essonnes... L’échange est savoureux. Le sourire du sénateur UMP, satisfait. Celui du ministre de l’Intérieur, crispé.

Serge Dassault : "Je veux dire un mot à Manuel, pour moi, pour nous, la sécurité n’est ni de gauche, ni de droite. Et je dois vous dire que nous sommes très heureux de son action." Malgré le sourire un brin gêné du ministre de l’Intérieur, le sénateur et patron de presse poursuit : "Actuellement, c’est très bien. Pour les Roms et tous les autres, c’est formidable. Donc bravo Manuel et continue !"

On le voit donc, les Roms sont une "arme politique", parce qu’avec eux, élus et médias amalgament la quasi-totalité des ressortissants roumains et bulgares vivant en France dans des squats ou des campements illégaux. Ce qui, quand on y pense, représente de nombreux avantages...

D’autant que, selon le sociologue Olivier Peyroux, "les Roms sont facile à repérer car ils vivent en groupe ; ils restent pacifiques lors des opérations de police ; ils sont peu procéduriers et sont rarement soutenus par l’opinion publique..."

Deux émissions à réécouter ici :
Première émission
Deuxième émission

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À propos

Un film réalisé par Pilar Arcila
Image : Pilar Arcila, Thomas Hakenholz, Costel Kalman, Jean-Marc Lamoure
Son : Cécile Février, Fred Salles
Montage : Nicolas Burlaud, Pilar Arcila
Création sonore : Pali Meursault
Production : Kamatomi Films
Co-Production : Ab Joy Productions
France, 2013
68 minutes, VO